Capitalisme et démocratie sont-ils encore compatibles ?

Le cas de la dette publique
Une représentation a longtemps dominé dans les sociétés occidentales d’après-guerre : celle d’un « mariage réussi » entre capitalisme et démocratie. Le modèle fordiste – fondé sur une croissance soutenue, un compromis social et la montée en puissance de l’État social – a nourri l’idée d’une articulation stable entre logique de marché et égalité civique. L’histoire montre pourtant qu’il s’agissait moins d’un équilibre naturel que d’une parenthèse historique.

I. De la parenthèse du « capitalisme démocratique » à la centralité de la dette

Un élément est décisif pour comprendre cette parenthèse : la manière dont l’État se finançait. Durant les décennies d’après-guerre, l’endettement public existe déjà, mais il ne fait pas l’objet du même type de dramatisation politique qu’aujourd’hui. La question centrale concerne alors l’inflation, la répartition capital–travail, l’extension de la protection sociale, plutôt que le « fardeau de la dette ». Cela tient en partie à la nature du dispositif de financement : la dette est largement administrée plutôt que livrée aux marchés. À travers le « circuit du Trésor », l’État français fonctionne comme une sorte d’« État banquier », pilotant la collecte et l’orientation de l’épargne nationale via un ensemble d’institutions publiques et parapubliques (Caisse des dépôts, caisses d’épargne, banques nationalisées, etc.).

Dans ce cadre, la dette publique est au cœur d’un régime d’interdépendance encadrée : l’État est un acteur central de la création monétaire, de la distribution du crédit et du financement de l’investissement. La dépendance vis-à-vis d’investisseurs privés mobiles est limitée. Le rapport de force entre capital et État social ne se joue pas encore dans le langage silencieux des taux, des spreads et des notations.

II. La mise en marché de la dette : un basculement politique

À partir des années 1970-1980, un basculement profond s’opère : l’État devient un emprunteur de marché à part entière. Concrètement, cela signifie que le financement des déficits se fait désormais par l’émission régulière de titres de dette, vendus à des banques intermédiaires puis négociés sur un marché secondaire où la dette publique devient un actif comme un autre, au même titre que les obligations d’entreprise ou les produits structurés.

Ce changement n’est pas seulement technique : il implique une reconfiguration de la souveraineté budgétaire. Là où le Trésor « faisait la loi du marché » en fixant ses propres taux et en organisant l’accès à la liquidité, il se voit progressivement soumis à la « vérité » des marchés de capitaux. Les réformes des années 1980-1990 – libéralisation financière, démantèlement progressif du circuit du Trésor, adjudications, interdiction du financement direct par la banque centrale, indépendance accrue de cette dernière – contribuent à fabriquer un État structurellement dépendant du jugement des investisseurs.

Les « road shows » organisés par le Trésor français à la fin des années 1980 illustrent de façon particulièrement parlante cette nouvelle configuration : hauts fonctionnaires et banquiers se rendent à New York, Londres ou Tokyo pour « vendre » la dette française. Dans ces tournées, la France est présentée comme un actif financier : on vante la liquidité du marché obligataire, la notation AAA, la stabilité de la monnaie… mais aussi, plus implicitement, un certain profil politique : faible inflation, acceptation de la discipline budgétaire, capacité à contenir les conflits sociaux, taux de grève modéré, etc.

La dette publique devient alors une promesse composite, qui n’agrège pas seulement des notions macroéconomiques, mais aussi des gages politiques et sociaux. L’État s’expose volontairement à un verdict continu des marchés : toute inflexion jugée « déviante » (hausse de l’inflation, dépenses sociales, réformes remises en cause) peut se traduire par une hausse des taux, une baisse de la demande de titres, ou une dégradation de notation.

III. Deux citoyennetés et une hiérarchie des promesses

L’originalité de l’approche de Benjamin Lemoine consiste à montrer que ce dispositif produit une tension entre deux formes de citoyenneté :

A. Une citoyenneté politique, territoriale, incarnée par le vote, l’appartenance nationale, la participation aux élections ;

B. Une citoyenneté de marché, déterritorialisée, exercée par les détenteurs de capitaux capables d’« arbitrer » en permanence entre les dettes souveraines : entrer, sortir, sanctionner, récompenser un pays en fonction de ses politiques.

En s’inspirant notamment des travaux de Wolfgang Streeck, Lemoine rappelle que les investisseurs peuvent « voter avec leurs pieds » : ils ne participent pas au suffrage, mais disposent d’un pouvoir de sanction immédiat, à travers les taux d’intérêt exigés et la disposition à refinancer une dette. Le jugement des créanciers tend alors à peser davantage que celui des électeurs, en particulier lorsque le financement quotidien de l’État dépend du maintien de leur confiance.

Cette asymétrie se redouble dans la distinction entre dette financière et dette sociale. Les obligations émises par l’État, détenues par des investisseurs privés, sont encadrées par un droit des contrats très robuste, assorti de mécanismes coercitifs, de clauses précises et de procédures de recouvrement bien établies. À l’inverse, les promesses sociales – retraites, santé, indemnisation du chômage, services publics – reposent largement sur des engagements politiques révisables : une réforme peut réduire des droits sans que l’on parle juridiquement de « défaut » de paiement.

Des acteurs comme les agences de notation le disent explicitement : il est plus vraisemblable, et plus « acceptable » socialement, de revenir sur des droits sociaux que de manquer un remboursement obligataire. Moody’s pouvait ainsi anticiper, dès le début des années 2000, que la plupart des pays industrialisés seraient amenés à réduire les prestations de retraite plutôt qu’à remettre en cause les obligations financières de l’État. 

Cette convention sociale implicite structure une hiérarchie des promesses : les créances financières bénéficient d’une protection juridique et politique supérieure à celle des créances sociales.

IV. Une redistribution à l’envers : classes épargnantes et classes débitrices

La conférence met ensuite en évidence les effets distributifs de ce régime d’endettement. Dans un contexte où l’État emprunte massivement sur les marchés, la question n’est plus seulement « combien doit-on ? », mais aussi « à qui devons-nous ? ». Les données citées par Lemoine montrent un écart marqué entre les classes sociales en matière d’épargne : en France, les 20 % les plus modestes ont un taux d’épargne négatif, tandis que les 20 % les plus aisés disposent d’une capacité d’épargne très largement positive.

Autrement dit, nous ne sommes pas tous « détenteurs de la dette » au même titre. Ceux qui possèdent des actifs financiers – directement ou via des produits d’épargne, des fonds, des assurances vie – sont, pour partie, les créanciers de l’État. Ceux qui n’en possèdent pas dépendent principalement de l’État social et des services publics. Dans ce cadre, la combinaison de politiques fiscales favorables au capital (baisse des impôts sur les plus riches, flat tax, allègement de l’imposition du capital) et de recours intensif à l’endettement peut aboutir à une redistribution à rebours : baisse d’impôts pour les plus dotés, qui disposent ensuite d’une épargne abondante à placer en dette publique rémunérée. 

La notion de bondholding class, forgée dès la fin du XIXᵉ siècle par Henry Carter Adams, permet de qualifier cette fraction sociale spécifique : une classe de détenteurs d’obligations d’État, minoritaire numériquement mais disposant d’un poids économique et politique disproportionné. Des travaux plus récents montrent que, dans certains pays, le 1 % le plus riche détient plus de la moitié de la dette publique entre les mains du secteur privé. L’État devient alors l’objet d’un double rapport : pour une partie de la population, il est surtout la source de services collectifs et de transferts sociaux ; pour une autre, il est aussi un débiteur qui assure le rendement de portefeuilles patrimoniaux.

V. La dette comme contrainte politique : le laboratoire grec

Le cas grec occupe une place centrale dans la démonstration de Benjamin Lemoine, comme laboratoire extrême de la gouvernementalité par la dette. À partir de la réévaluation brutale du déficit public en 2009, la Grèce voit les taux d’intérêt exigés pour son refinancement s’envoler, les spreads avec l’Allemagne se creuser de manière spectaculaire, et la possibilité d’emprunter sur les marchés se refermer rapidement.

Face à cette situation, l’intervention ne vient pas seulement des marchés, mais aussi des créanciers officiels regroupés dans la « troïka » (Commission européenne, BCE, FMI). Les plans d’aide sont accordés en échange de programmes d’austérité très stricts et de réformes structurelles, intégrant des conditionnalités détaillées. Lorsque le Premier ministre Georgios Papandréou, en 2011, envisage de soumettre ces conditions à référendum, la menace de suspension des versements entraîne l’abandon du vote et sa démission. Quelques années plus tard, en 2015, le gouvernement Syriza organise un nouveau référendum, qui voit la victoire du « non » aux exigences de la troïka ; mais, confronté à la perspective d’un asphyxie financière, il finit par accepter un nouveau plan dans des termes très proches de ceux initialement contestés.

Ce double épisode illustre, selon Lemoine, la collision entre souveraineté démocratique et souveraineté des créanciers. Les citoyens peuvent bien voter, protester, tenter de renverser l’ordre des priorités entre dette sociale et dette financière ; dès lors que l’accès au financement dépend d’un petit nombre d’institutions et d’investisseurs, le résultat du scrutin ne suffit plus à fonder la marge de manœuvre. Le pouvoir de dire « non » se déplace en grande partie des urnes vers les marchés et les instances financières.

Dans ce cadre, la Banque centrale européenne joue un rôle ambigu. D’un côté, elle intervient comme stabilisateur en dernier ressort, notamment à travers des programmes d’achat massif de dette souveraine sur le marché secondaire (quantitative easing) et la promesse de faire « tout ce qu’il faut » pour préserver l’euro. De l’autre, elle conditionne ces interventions à des trajectoires budgétaires jugées « soutenables » et veille à ne pas neutraliser totalement la fonction disciplinaire des marchés. La frontière entre stabilisation monétaire et pressions politiques devient alors poreuse.

VI. Un capitalisme « discipliné par la dette » : quels enjeux pour la démocratie ?

En conclusion, Benjamin Lemoine insiste sur le fait que la dette ne peut plus être appréhendée comme un simple accident de parcours budgétaire, ni comme une fatalité purement comptable. Elle constitue désormais un levier structurant de l’ordre politique :

a. en hiérarchisant les promesses (préférence systématique pour le respect des contrats financiers sur la préservation des droits sociaux) ;

b. en reconfigurant les lignes de fracture sociales (entre classes épargnantes et classes dépendantes des services publics) ;

c. en déplaçant le centre de gravité de la souveraineté (du couple gouvernement–Parlement vers les marchés et les institutions financières).

Ce diagnostic conduit à interroger la formule même de « capitalisme démocratique » : dans la mesure où le financement de l’État est de plus en plus subordonné à l’approbation de créanciers volatils, dotés d’un pouvoir de sortie permanent, la capacité des citoyens à orienter réellement les politiques publiques par le vote se trouve réduite. Les grandes options budgétaires – niveau de dépense sociale, fiscalité sur le capital, organisation de la protection sociale – sont encadrées par des contraintes qui se présentent comme « techniques », mais qui traduisent des choix de hiérarchisation entre intérêts.

Pour autant, la conférence ne se limite pas à un constat pessimiste. En rappelant l’existence historique d’autres modes de financement – comme le circuit du Trésor ou les formes d’« État banquier » –, Lemoine suggère que la situation actuelle n’a rien de naturel ni d’inévitable. D’autres architectures institutionnelles sont concevables, dans lesquelles le financement de l’État serait moins dépendant des marchés financiers mondialisés, et davantage arrimé à des logiques de délibération démocratique et de planification collective.

L’enjeu ultime rejoint le fil rouge du cycle DEMOS : penser à nouveau frais l’avenir démocratique dans un monde en crise, en prenant au sérieux la matérialité des instruments qui organisent le pouvoir. La dette n’est pas seulement une colonne de chiffres dans un rapport ministériel ; elle est un langage politique, une technologie de gouvernement et un champ de luttes. C’est à ce titre qu’elle constitue un observatoire privilégié pour comprendre ce que deviennent, aujourd’hui, la souveraineté populaire et la promesse d’égalité dans les démocraties capitalistes.

Vous aimez lire nos décryptages ?

Soutenez-nous ! Parce que nous sommes un média :

Contribuez à [DEMOS]

Nous donnons la parole à des personnalités académiques pour décrypter les enjeux qui mettent à mal la démocratie et les ruptures qui bouleversent nos sociétés.

L'enjeu

Loin de se réduire à un simple paramètre budgétaire, la dette apparaît, dans cette perspective, comme un dispositif de gouvernement à part entière : elle structure des rapports de force, hiérarchise des promesses (financières et sociales) et redéfinit les contours de la souveraineté politique. Le fil directeur de la conférence peut se résumer ainsi : selon la manière dont l’État se finance, ce ne sont ni les mêmes acteurs, ni les mêmes intérêts qui pèsent sur les décisions collectives.

L'auteur

Loin de se réduire à un simple paramètre budgétaire, la dette apparaît, dans cette perspective, comme un dispositif de gouvernement à part entière : elle structure des rapports de force, hiérarchise des promesses (financières et sociales) et redéfinit les contours de la souveraineté politique. Le fil directeur de la conférence peut se résumer ainsi : selon la manière dont l’État se finance, ce ne sont ni les mêmes acteurs, ni les mêmes intérêts qui pèsent sur les décisions collectives.

Nos dernières Contribution Académique

Immigration et délinquance : autopsie d’une controverse médiatique

Une lecture biaisée de la littérature scientifique ? Le premier reproche de P. Lemoine aux chercheurs du CEPII est qu’ils auraient procédé à une lecture trompeuse de la littérature scientifique. À l’appui de sa critique, il avance plusieurs études décrivant des situations dans lesquelles l’immigration a entraîné une hausse de la criminalité. L’immigration n’augmente pas la criminalité quand les immigrés ont un accès rapide au marché du travail et à un statut légal stable Ces études ne contredisent toutefois pas l’analyse du CEPII. En effet, celle-ci n’affirme pas que l’immigration n’a jamais d’impact sur la criminalité, mais plutôt qu’en moyenne,

...

Penser la liberté dans le miroir de l’autre

Nous avons tous entendu cette phrase, souvent répétée par nos parents, un enseignant ou un animateur de centre aéré : « Ta liberté s’arrête là où commence celle des autres ». Elle sonne comme une évidence, un avertissement, un principe simple. Fortement inspirée de la maxime de John Stuart Mill selon laquelle « la liberté de l’individu doit être contenue dans cette limite: il ne doit pas nuire à autrui », cette formule rappelle que la liberté n’est jamais absolue. Elle existe toujours en relation avec celle des autres et implique responsabilité et respect mutuel. En d’autres termes, être libre ne signifie pas faire

...

Le Golfe à l’assaut du monde : l’art de compter sans s’aligner

Malgré l’idée persistante d’un retrait américain au profit d’un basculement vers l’Asie, les États-Unis demeurent un garant sécuritaire déterminant. Cette présence, à la fois indispensable et jugée de plus en plus imprévisible, contraint les familles régnantes du Golfe à repenser leur rôle dans la sécurité régionale, tout en observant un activisme croissant de Washington comme médiateur de crises internationales. Face aux défis climatiques, aux transitions énergétiques et à l’affirmation des ambitions chinoises, russes et indiennes, la région se retrouve à un tournant historique. De puissances régionales à acteurs globaux En l’espace de deux décennies, les États du Golfe ont discrètement

...

Le Levant à l’heure du basculement : fin des illusions, retour de la force

Le Levant à l’heure du basculement : la force a repris le dessus Pendant longtemps, le Levant a été décrit comme un espace chaotique, livré aux rivalités idéologiques et aux conflits par procuration. Depuis le 7 octobre 2023, cette lecture ne tient plus. La région n’est pas devenue plus stable, mais elle est entrée dans une phase plus dure, plus brutale, dominée par le retour de la force et par des calculs d’intérêts assumés. Le démantèlement progressif de l’axe de la Résistance, la chute du régime syrien et son remplacement par un pouvoir islamiste, la guerre dite des Douze Jours

...

Les militaires au pouvoir en Afrique francophone : La démocratie en jeu

Toutefois, la question de la légitimité démocratique du pouvoir politique, se posant à la fois au sens d’une interrogation sur ce qui fonde le pouvoir politique et sur la manière dont il évolue et s’organise, est fortement remise en cause par l’irruption de l’armée sur la scène politique. D’où vient la légitimité du pouvoir militaire sur le continent africain ? Le pouvoir militaire peut-il faire abstraction des urnes pour se faire accepter ? La présence des militaires au pouvoir ne traduit-elle pas une certaine fragilité démocratique ? Les militaires au pouvoir en Afrique francophone : une alternative démocratique légitime Le

...

Le CHP en France : un contre-pouvoir au sein d’une diaspora majoritairement favorable à Erdoğan ?

Fort de ses succès électoraux lors des scrutins municipaux de 2019 et 2023 en Turquie, le CHP a considérablement accru sa popularité dans le pays. Il est aujourd’hui perçu comme la principale force politique susceptible de succéder à l’AKP et à Recep Tayyip Erdoğan, à moins que la tenue d’élections libres et régulières ne soit remise en cause dans le pays. En effet, le CHP a entrepris, à partir des années 2010, un processus de restructuration marqué notamment par le rajeunissement de ses cadres et la libéralisation de sa ligne idéologico-politique2. Dans cette dynamique, il s’organise également au sein de

...

Du Néolithique au numérique : En quoi la centralisation des ressources représente-t-elle une menace pour la démocratie ?

À l’origine de la centralisation du pouvoir  À la sortie de la dernière glaciation, un réchauffement climatique majeur bouleverse les écosystèmes. Les forêts s’étendent, les graminées prospèrent sur des terres nouvellement devenues fertiles. Jusque là, les populations de chasseurs-cueilleurs étaient nomades, vivaient en petits groupes relativement égalitaires, et se déplaçaient opportunément au gré des ressources saisonnières et des migrations animales. Leur économie était adaptative (en « flux tendus », en quelque sorte) et ils prélevaient dans la nature uniquement ce dont ils avaient besoin – sans faire de stock. Mais il y a environ 10 000 ans, petit à petit et par

...

En démocratie, le dèmos ne relève pas d’une identité, mais d’un cri

Commençons par un constat : au cœur de telle rue ou de telle place, surgissent parfois des cris de manifestants. Ils indiquent une colère ou une indignation et appellent à les rejoindre. Écoutez bien les sons qui vous arrivent. Vous réussissez très vite à les distinguer de ces hurlements particuliers, râles de quelques-uns et appels divers qui meublent aussi la rue au quotidien. Ce sont des cris spécifiques. Deux choses y sont importantes : la hauteur et le rythme des sons, et la forme sensible d’une manifestation que des slogans explicitent. Ces cris, politiques, en foule, constituent une pensée en...

Assiste-t-on à une véritable crise de régime en Corée du Sud ?

À la suite du décret pris à l’initiative du président Yoon Suk-yeol, puis de son retrait par ce même président après le vote hostile de l’Assemblée nationale et enfin de la motion de destitution du président et de diverses arrestations (ministre de la Défense, hauts gradés militaires et de la police…), le pays s’est enfoncé dans une crise sans doute plus grave que celle, en 2016 et 2017, qui a abouti au départ de la présidente Park Geun-hye. Chronologie d’une crise Le vote de la motion de destitution le 14 décembre 2024 a déclenché le processus menant à une décision de la Cour constitutionnelle visant à confirmer ou infirmer cette destitution, et

...

La Géorgie tiraillée entre son envie d’Europe, la peur de la guerre et la haine de la Russie

Des dizaines de milliers de manifestants géorgiens sont descendus dans les rues de Tbilissi en scandant « non à la dictature russe ». La présidente géorgienne, Salomé Zourabichvili, s’est publiquement positionnée du côté de l’opposition à la loi sur « l’influence étrangère » et a tenté d’apposer son véto pour en bloquer l’adoption. Elle a accusé la loi de mettre en danger l’avenir de la nation, de la démocratie, et le processus d’intégration à l’UE. Le 26 mai 2024 — jour de la fête nationale et de l’indépendance en Géorgie —, le Premier ministre géorgien, Irakli Kobakhidze, favorable à la loi, et la présidente géorgienne, se sont mutuellement accusés de trahison. Deux jours après,...