L’Organisation de Coopération de Shangai est-elle l’outil principal de la Russie et de la Chine pour redéfinir l’ordre mondial?

À Tianjin, en Chine, le 25ᵉ sommet de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) s’est tenu les 31 août et 1ᵉʳ septembre 2025. Créée en 2001 par la Chine, la Russie et quatre autres États asiatiques – le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan – l’organisation s’affirme comme un acteur majeur dans la redéfinition de l’ordre mondial. Aujourd’hui, avec l’élargissement à l’Inde, au Pakistan et, plus récemment, à l’Iran, elle rassemble des puissances représentant près de la moitié de la population mondiale et un quart du PIB mondial. Dans un contexte géopolitique marqué par des tensions croissantes entre les grands pôles de puissance, ce sommet a été perçu comme une démonstration de force visant à promouvoir une vision multipolaire et moins occidentalo-centrée.

Depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, les liens entre la Chine et la Russie ne cessent de se renforcer au sein de l’OCS, où les deux puissances se consolident. Isolée sur la scène internationale et frappée par un large arsenal de sanctions économiques et diplomatiques venant de l’Occident, la Russie s’appuie de plus en plus sur Pékin. La Chine, de son côté, voit dans ce rapprochement une opportunité stratégique lui permettant de renforcer son influence face aux États-Unis. Cette convergence trouve un terrain d’expression au sein de l’OCS, où Chine et Russie apparaissent comme des piliers de la création d’un monde post-occidental.

Réunis lors de ce sommet qui rassemblait une vingtaine de dirigeants asiatiques, Xi et Poutine ont saisi la tribune offerte par l’OCS pour adresser de vives critiques à l’Occident, dénonçant notamment la guerre commerciale initiée par Trump. En passant par cette plateforme multilatérale, ils s’assurent que leur message résonne à l’échelle internationale.

Pour Xi, cette confrontation illustre la volonté des États-Unis de contenir la montée en puissance de la Chine et de freiner son développement par des instruments d’« intimidation économique » : taxes douanières massives, restrictions technologiques… Poutine s’est présenté en victime vis-à-vis de la situation ukrainienne, réitérant ses accusations selon lesquelles les Occidentaux seraient responsables du conflit, en raison de leurs efforts répétés pour intégrer l’Ukraine à l’OTAN. Le signal envoyé par ce sommet est clair : ni la Chine ni la Russie ne peuvent être isolées par Washington et ses alliés. « Nos relations sont à un niveau sans précédent », a déclaré Vladimir Poutine à Xi Jinping, illustrant l’ampleur de ce rapprochement.

L’OCS permet ainsi à ces deux dirigeants de rendre publique, sur la scène internationale, leur volonté ferme de concurrencer l’Occident, renforçant son rôle de vecteur de consolidation d’un front commun. Loin d’être une simple rencontre, ce sommet a marqué la première étape d’une mise en scène de l’unité et de la puissance croissante du bloc asiatique. Quelques jours après, le 3 septembre 2025, les dirigeants russe et chinois se sont retrouvés sur la place Tiananmen pour commémorer le 80ᵉ anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale en Chine et de la victoire contre le Japon.

Cette commémoration historique est porteuse de nombreux enjeux. La présence conjointe de Xi Jinping et Vladimir Poutine est un signal fort du renforcement de la coopération Pékin-Moscou. Ils envoient un message puissant bien au-delà du continent asiatique : celui d’un bloc alternatif face à l’Occident. De l’autre côté du Pacifique, la réaction à cette rencontre ne s’est pas fait attendre. Sur son réseau Truth Social, le président américain Donald Trump a accusé cette bilatérale de « conspirer » contre les États-Unis, une publication qui traduit la nervosité de Washington face à la création d’un bloc alternatif.

L’OCS apparaît comme une plateforme privilégiée pour projeter une autre vision de la gouvernance mondiale. Mais elle n’est pas le seul instrument dont disposent Moscou et Pékin. Leur stratégie est beaucoup plus vaste. On le voit avec les BRICS, devenus BRICS+ avec l’intégration récente de plusieurs pays émergents comme l’Égypte et l’Éthiopie. Ils organisent une contestation du système monétaire international visant à réduire la domination du dollar américain en promouvant des monnaies locales. C’est la Nouvelle Banque de Développement, lancée en 2014, qui illustre cette volonté de trouver des alternatives aux systèmes occidentaux tels que le FMI.

Les deux capitales s’appuient aussi sur leur puissance militaire et énergétique. Par son rôle de principal fournisseur d’énergie, Moscou s’impose comme un acteur incontournable, en Asie comme en Europe. Pékin, de son côté, modernise son armée et multiplie les démonstrations de force en mer de Chine méridionale. Les exercices militaires conjoints russo-chinois scellent ce rapprochement stratégique et nourrissent le message de cohésion face à l’Occident.
Ce que Moscou et Pékin cherchent à construire à travers l’OCS, les BRICS, leur puissance militaire et d’autres leviers de leur influence, c’est une architecture internationale où l’Occident perdrait sa position centrale.

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