L’Iran joue-t-il un rôle central dans les crises du Moyen-Orient ?

L’Iran se situe au cœur des crises du Moyen-Orient, entre puissance régionale affirmée et capacité d’influence. Sa position géographique et ses ressources énergétiques en font un acteur incontournable dans la région. Il intervient directement dans plusieurs foyers de tension et soutient des acteurs régionaux comme le Hezbollah au Liban, le mouvement houthiste au Yémen et des milices chiites, formant “l’Axe de la résistance”.

Par ces engagements, Téhéran parvient à peser sur les équilibres régionaux et à renforcer sa présence dans les crises régionales. Néanmoins, les tensions internes et les difficultés économiques que connaît l’Iran rappellent que son influence demeure partielle, confrontée à des limites structurelles.

Depuis le début des années 1970, le Moyen-Orient connaît une instabilité chronique, où convergent clivages confessionnels, dynamiques politiques conflictuelles et rivalités armées. Ces événements attestent de la fragilité des équilibres régionaux. Après la chute du régime de Bachar al-Assad et les violences qui en ont résulté en Syrie, les affrontements israélo-palestiniens se poursuivent, notamment avec la situation dans la bande de Gaza où l’offensive israélienne s’intensifie. La Turquie entame un processus de réconciliation partiel avec le PKK kurde, tandis qu’au Yémen, la guerre, les raids aériens (israéliens et américains) et la famine touchent des millions de civils. Le Liban est visé par des frappes israéliennes dont l’objectif déclaré est le Hezbollah, et il connaît des tensions persistantes à sa frontière avec la Syrie. Dans cet espace où les rivalités régionales et les interventions extérieures s’entrecroisent, l’Iran figure comme un acteur central qualifié de « verrou géopolitique ». Sa position géographique, au carrefour de l’Asie occidentale et du golfe Persique, ainsi que la prééminence de ses ressources pétrolières et gazières, constituent des variables structurantes des rapports de force régionaux. Le rôle de l’Iran à travers les crises du Moyen-Orient ne peut donc s’appréhender qu’à travers ces dimensions.

L’Iran, situé entre le Moyen-Orient et l’Asie occidentale, est bordé au nord par la mer Caspienne, la Turquie, l’Azerbaïdjan et l’Arménie, à l’ouest par l’Irak et la Turquie, à l’est par l’Afghanistan et le Pakistan, et au sud par le golfe Persique et le golfe d’Oman. Grâce à sa façade maritime, il contrôle le détroit d’Ormuz, par lequel transitent environ 20 millions de barils de pétrole brut par jour, soit près de 20 % du commerce maritime mondial de pétrole selon l’U.S. Energy Information Administration. L’Iran détient d’importantes réserves de pétrole et de gaz, représentant respectivement 12 % et 17 % des réserves mondiales. En 2024, sa production pétrolière a atteint 4,3 millions de barils par jour, ce qui en fait le sixième producteur mondial. Ces ressources énergétiques, que Gamal Abdel Nasser qualifiait en 1953 de “nerf de la civilisation et du progrès”, confèrent à l’Iran une place centrale dans les rapports de force régionaux. Héritier de l’Empire perse, le pays se distingue de la plupart des États du Moyen-Orient, à dominante arabe et sunnite. L’Iran possède une culture persane et une population à majorité chiite (82 %). Il est considéré comme la mère-patrie du chiisme, un rôle qui influence son identité et sa politique.

Après la révolution islamique de 1979, l’Iran est devenu une République islamique, un régime revendiquant une double légitimité, religieuse et républicaine. Le pouvoir politique s’appuie sur la loi divine (la charia), incarnée par le clergé chiite nommé les mollahs, et sur le principe de la tutelle du jurisconsulte (velayat-e faqih). Selon la Constitution, l’ensemble des institutions relèvent du Guide suprême de la Révolution islamique. Depuis le décès de l’ayatollah Khomeyni en 1989, cette fonction est exercée par l’ayatollah Ali Khamenei, chef religieux et politique de l’Iran. Le président iranien, Massoud Pezechkian, exerce quant à lui des fonctions exécutives limitées, encadrées par les mollahs et par des institutions comme le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Ce système rend l’Iran autonome et différent des autres pays du Moyen-Orient. Grâce à cette organisation centralisée du pouvoir, le pays agit comme un acteur indépendant et peut guider ses propres choix dans la région.

L’Iran adopte une posture souvent critique à l’égard des puissances occidentales présentes au Moyen-Orient et s’engage dans les conflits régionaux. Il soutient des acteurs locaux qui partagent ses orientations, comme le Hezbollah au Liban, les mouvements houthistes au Yémen et des milices chiites en Irak et en Syrie. Ce soutien inclut la formation de combattants, la fourniture d’armes et de matériel, ainsi qu’un appui opérationnel sur le terrain. L’Iran a assuré une coordination réelle de ces acteurs, donnant naissance à un axe structuré, connu sous le nom de “l’Axe de la résistance”.

Depuis la mort du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, en septembre 2024, le pays a renforcé son engagement régional et augmenté son budget militaire dans le but de consolider cet axe. En 2025, le budget militaire iranien est estimé à 23,1 milliards de dollars, soit une hausse de 35 % par rapport à 2024. L’Iran consacre une part significative au développement de drones et de missiles balistiques dits “low cost”, produits à faible coût. Sur le plan militaire, il n’a pas hésité à engager des actions directes pour défendre des intérêts jugés vitaux. En juin 2025, une série de frappes israéliennes ont ciblé des installations nucléaires et militaires iraniennes, entraînant la mort du commandant des Gardiens de la révolution, Hossein Salami. En réponse, l’Iran a mené des frappes contre Israël. Cet évènement a entraîné une escalade dans les tensions régionales, allant jusqu’à l’implication des États-Unis qui ont réagi en envoyant des bombardiers B-2.

L’Iran agit donc comme un acteur central au Moyen-Orient, capable d’intervenir directement dans les crises régionales et de maintenir des alliances solides avec des groupes et États qui partagent ses convictions. Son engagement extérieur s’accompagne toutefois d’un certain isolement et d’une dépendance stratégique envers des partenaires comme la Russie et la Chine. La signature d’un accord de partenariat stratégique avec Moscou en janvier 2025, incluant une coopération militaire, économique et sécuritaire, illustre cette orientation. Ces alliances permettent à Téhéran de contourner les pressions occidentales, mais elles ne masquent pas les fragilités internes : manifestations populaires croissantes, crise économique sévère avec une inflation moyenne de plus de 45 % en 2025 selon le Fonds monétaire international, et mécontentement social. L’Iran se présente ainsi comme un État capable d’agir et de projeter sa puissance régionale, tout en restant confronté à des tensions internes susceptibles de limiter sa capacité d’action à long terme.

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