Le traité de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan peut-il vraiment mettre fin à 30 années de conflit ? 

Le 8 août 2025, à Washington, l’Arménie et l’Azerbaïdjan ont signé une Déclaration conjointe, sous l’égide du Président américain Donald Trump, instaurant une pause dans le conflit de plus de trois décennies opposant les deux pays.

Les tensions entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan remontent à la chute de l’Union Soviétique, et à la sécession – non reconnue par la communauté internationale – du Haut-Karabakh en 1992, territoire à majorité arménienne mais étant reconnu comme faisant partie de l’Azerbaïdjan. Depuis, les deux pays se divisent quant à la situation de la région. Bakou revendique sa souveraineté sur la région, en vertu du droit international, mais Erevan reconnaît l’indépendance.

Depuis 2020, l’Azerbaïdjan profite de sa supériorité militaire afin d’imposer de manière permanente sa souveraineté sur la région. En septembre 2023, Bakou viole le cessez-le-feu conclu en 2020 avec l’Arménie en lançant une ultime opération militaire ainsi qu’un nettoyage ethnique, menant au contrôle total de la région, à la dissolution de la République auto-proclamée du Haut-Karabakh, et à la fuite de près de 100.000 Arméniens ethniques vers l’Arménie.

En mars 2025, les ministères des Affaires étrangères des deux pays annoncent un Accord sur l’établissement de la paix, qui n’est finalement pas signé. L’Azerbaïdjan réclame d’abord la dissolution du Groupe de Minsk, assemblée créée en 1992 et rassemblant plusieurs pays européens ainsi que les États-Unis, et jouant le rôle de médiateur afin d’apaiser la situation de la région. Également, Bakou exige la modification de la Constitution arménienne, qui mentionne le Haut-Karabakh et constitue donc une revendication territoriale implicite selon le gouvernement azerbaidjanais.

Ce texte, puis la Déclaration conjointe signée à Washington, ne sont pas des accords de paix, mais ils fixent un cadre politique afin de normaliser les relations entre Erevan et Bakou. Les deux partis confirment leur volonté de respecter la non-violation des frontières, et demandent conjointement la dissolution du groupe de Minsk et des structures liées au conflit de l’OSCE, organisation intergouvernementale chargée de la prévention des conflits en Europe. Afin de relier l’Azerbaïdjan à son enclave du Nakhitchevan, au Sud-Ouest de l’Arménie, les deux pays entérinent la création d’un corridor, intitulé « Trump Route for International Peace and Prosperity » (TRIPP). Les États-Unis joueraient ainsi le rôle d’intermédiaire entre les marchandises et passagers azerbaïdjanais, et les autorités arméniennes.

Si l’accord a été considéré par la maison blanche comme un “accord de paix historique”, les deux textes sont critiqués pour leur fragilité. Ils constituent la plus grande avancée vers la paix depuis le début du conflit, mais n’ont aucune portée juridique : l’Accord de paix a seulement été paraphé, n’est ni signé ni ratifié et, bien que l’Azerbaïdjan ait obtenu l’accord de l’Arménie pour dissoudre le Groupe de Minsk, Erevan n’a pas encore abordé le fait de modifier sa Constitution. Le Premier ministre affirme que la Constitution constitue une affaire intérieure et, comme le prévoit l’Accord de paix non ratifié, aucun des deux pays ne doit intervenir dans les affaires internes de l’autre. De ce fait, selon le gouvernement arménien, l’Azerbaïdjan violerait d’office cet accord.

Il n’a pas non plus été déclaré qui financerait la construction du corridor routier, ni la manière dont il serait précisément administré. Sa mise en place risque de créer des désaccords, notamment car le gouvernement azerbaïdjanais refuse que sa population puisse y apercevoir les autorités arméniennes.

Le manque d’informations quant à la situation future du Haut-Karabakh demeure la plus grande zone d’ombre, car la région n’est directement mentionnée dans aucun des deux textes. L’Accord de paix précise l’« inviolabilité des frontières internationales » des deux États, et ajoute que les frontières héritées de l’Union soviétiques sont celles à respecter, signifiant implicitement que le gouvernement arménien reconnaît l’Azerbaïdjan comme souverain sur la région. Mais la non-nomination directe de la région – pourtant à l’origine de la guerre entre les deux pays – montre la fragilité de ce processus de paix, incapable de nommer directement le point de tension principal. 

Aucun retour des Arménien ethniques ayant fui le Haut-Karabakh à partir de l’attaque de 2020 n’est prévu dans les textes. Il n’est également pas question du sort de vingt-trois prisonniers arméniens en Azerbaïdjan, des journalistes, des militants des droits humains, et des anciens dirigeants du Haut Karabakh, enfermés sans procès équitable. 

L’Iran, voisin direct des deux pays, a aussi affirmé ses inquiétudes face à la présence américaine dans la région, voyant ce projet comme une stratégie pour l’encercler. La Russie, médiatrice historique du conflit, a déclaré préférer une médiation régionale plutôt qu’une intervention de Washington. 

Plusieurs observateurs craignent également que l’engagement américain soit fragile, l’implication de Donald Trump étant perçue comme largement motivée par son ambition d’obtenir le prix Nobel de la Paix. L’administration américaine est accusée par les spécialistes occidentaux de privilégier les effets d’annonce et les opportunités médiatiques au détriment du patient travail technique. Mais si Washington se désengage, le risque est grand de voir les accords s’éroder et la région replonger dans l’instabilité.
Si les accords entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan représentent la plus grande avancée vers la paix depuis le début du conflit, c’est une paix négative qui a pour l’instant été trouvée, c’est-à-dire simplement l’absence de violence armée, et non une présence harmonique et une dynamique de paix entre les deux puissances.. Il n’y a plus de conflit actif en cours, mais un scepticisme réciproque, où aucun des deux pays ne perçoit l’autre comme un partenaire et aucune profonde réconciliation n’est envisagée.

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