Le sommet des BRICS à Rio marque-t-il l’émergence d’un acteur multilatéral majeur ou relève-t-il ses limites structurelles ? 

Le sommet des BRICS, réunissant les dix pays membres, s’est tenu les 6 et 7 juillet 2025 à Rio. Des pays associés comme le Nigeria, Cuba et le Vietnam y ont pris part, aux côtés d’invités tels que la Turquie, le Mexique et l’Angola. La déclaration finale affirme le soutien au multilatéralisme et rejette les guerres, les sanctions et les droits de douane utilisés à des fins politiques. Les échanges ont porté sur le climat, l’intelligence artificielle et la coopération sanitaire. L’événement représentait près de la moitié de la population mondiale et environ 40 % du PIB mondial. Toutefois, l’absence de Xi Jinping, Vladimir Poutine et de plusieurs dirigeants du Moyen-Orient a limité la portée politique du sommet.

Le terme BRIC, créé en 2001 par l’économiste Jim O’Neill, désigne le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine, dont la croissance du PIB réel était anticipée plus rapide que celle du G7. Le groupe, officialisé en 2009, tient un sommet annuel. L’Afrique du Sud a rejoint en 2011, puis les BRICS+ en 2024, avec dix pays partenaires comme le Vietnam, le Nigeria et Cuba, susceptibles de rejoindre prochainement. En 2023, les BRICS représentent 31,5 % du PIB mondial, surpassant pour la première fois le G7, et plus de la moitié de la population mondiale. Cependant, leur PIB par habitant reste toujours inférieur à celui des pays du G7, avec la Chine seule concentrant plus de 70 % du PIB du groupe.

Le sommet de Rio marque un tournant avec une déclaration finale ambitieuse : réforme du FMI et de l’ONU, encadrement de l’intelligence artificielle, financement climatique et rejet des sanctions unilatérales. Le Brésil avait fixé six priorités, dont la gouvernance technologique, la coopération sanitaire et la paix internationale. Les BRICS veulent représenter le Sud global et se poser en alternative aux puissances occidentales, comme le montre l’invitation de pays tels que le Nigeria, Cuba, le Vietnam ou l’Angola. Cependant, sans secrétariat permanent, budget commun ni règles contraignantes, leur institutionnalisation limitée freine leur capacité d’action.

L’absence de dirigeants au sommet — Vladimir Poutine, visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale, Xi Jinping, resté à Pékin pour un conflit d’agenda, Mohammed ben Salmane, ou encore les chefs d’État de l’Iran, de l’Égypte et des Émirats arabes unis — a affaibli la portée politique de la rencontre. Ces absences relèvent de tensions stratégiques persistantes. Sur le conflit en Ukraine, le texte se contente de rappeler les positions nationales. Concernant Gaza, les BRICS affichent une position ferme, mais sans mise en œuvre concrète. Le groupe peine donc à s’exprimer d’une seule voix.

Les désaccords stratégiques s’accompagnent de divergences économiques. Le projet de système de paiement alternatif au dollar, régulièrement évoqué depuis 2015, reste bloqué. La Chine et la Russie souhaitent une rupture rapide avec le dollar, mais l’Inde privilégie une approche plus pragmatique. À cela s’ajoute le poids des sanctions américaines, dont les effets indirects affectent certains membres. Donald Trump, en particulier, renforce ces lignes de fracture en imposant des droits de douane aux États perçus comme anti-américains.

Les BRICS affichent des fractures internes et une gouvernance par consensus qui freine les décisions contraignantes, aboutissant à un bilan en demi-teinte avec une déclaration finale sans mécanismes concrets ni calendrier. Malgré cela, le groupe continue d’affirmer son ambition d’être une voix alternative sur la scène internationale. Le sommet de Rio n’a pas consacré un acteur multilatéral consolidé, mais a confirmé une volonté commune, malgré des limites persistantes.

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