Le monopole minéral chinois est-il une arme économique?

Lorsque Donald Trump annonce, le 2 avril 2025, baptisé le « jour de libération », une série de mesures tarifaires « réciproques » à travers le monde, le commerce mondial semble sur le point de basculer. Deux jours plus tard, Pékin annonce la mise en place d’un régime de licences d’exportation sur sept types de terres rares, dont 700 produits utilisés par les forces armées occidentales et d’autres secteurs critiques.

Peu après le début du blocus chinois, l’inquiétude s’installe dans l’industrie automobile mondiale et la sonnette d’alarme est tirée. Jim Farley, le PDG de Ford, admet en juin 2025 que la pénurie de magnets résistants à la chaleur a contraint l’entreprise à « fermer des usines » temporairement.

Dans ce « climat de panique », Trump se plie aux exigences de Pékin, réduisant ses tarifs douaniers de 145 % à 80 % en mai. Ursula von der Leyen, à la tête de la Commission européenne, critique vivement la « domination » et le « chantage » de la Chine en matière de commerce. Véritable coup de force de la puissance économique chinoise, cet épisode aura mis en évidence l’importance des minéraux rares dans la guerre économique entre les États-Unis et la Chine.

Les mesures de contrôle des exportations chinoises s’inscrivent dans une stratégie plus large, visant à transformer les terres rares en une arme économique majeure. Dès avril 2020, le président chinois Xi Jinping avait expliqué au Parti communiste que la dépendance occidentale vis-à-vis de ces matériaux représentait « une contre-mesure et une capacité de dissuasion contre les pays étrangers qui pourraient artificiellement couper leur approvisionnement [vers la Chine]. »

La Chine, qui produit plus de 90 % de l’offre mondiale en terres rares raffinées, se trouve en position dominante dans de nombreuses chaînes d’approvisionnement mondiales. Les contrôles d’exportation chinois concernent les minéraux utilisés dans les industries stratégiques comme les véhicules électriques ou les technologies solaires. Dans de nombreux cas, le monopole chinois résulte de la concentration de la production en Chine, où elle est peu coûteuse, intensive et souvent soutenue par l’État.

Alors qu’elle est un acteur majeur dans le secteur des minéraux critiques, c’est dans le processus de raffinement, plutôt que dans l’extraction, que la Chine détient le plus grand pouvoir. Ces dernières années, elle a étendu son contrôle sur l’extraction de minerais à l’étranger, notamment en Afghanistan, au Ghana, en Zambie et aux Philippines. En 2023, les entreprises chinoises ont investi 16 milliards de dollars dans des mines à travers le monde, une stratégie permettant d’intégrer rapidement cette production à leurs chaînes de valeur en pleine expansion. Sur les neuf premiers mois de 2024, la Chine a augmenté ses importations de cuivre de 12 %, de cobalt de 21 % et de bauxite de 20 % par rapport à 2023. Ces matériaux sont ensuite raffinés en Chine, qui détient désormais une part considérable de l’approvisionnement mondial en métaux raffinés : environ 60 % du lithium, 65 % du nickel, 70 % du cobalt et 90 % des terres rares comme le néodyme.

Face à cette dépendance, les pays occidentaux tirent la sonnette d’alarme : les États-Unis importent plus de la moitié des minéraux qu’ils utilisent. Ils cherchent à réduire cette dépendance en approuvant, par exemple, l’exploitation d’une mine de lithium au Nevada, et en proposant une série de crédits d’impôt pour les entreprises nationales de minage. En 2025, le Pentagone a investi dans MP Materials, une entreprise de minage, en partenariat avec Apple. Le Japon, de son côté, a commencé à accumuler des réserves en terres rares en 2024, et en juin 2025, les pays du G7 ont annoncé vouloir explorer un mécanisme de standardisation pour limiter l’importation de minéraux chinois à bas prix.

Malgré ces mesures, les puissances occidentales peinent à réduire leur dépendance vis-à-vis de la Chine, qui accepte des pertes à court terme pour inonder le marché de produits à bas prix. La Chine n’est pas contrainte par les mêmes règles en matière de protection environnementale et de coût du travail, ce qui lui confère un avantage comparatif notable dans le raffinage des terres rares.

Quand bien même la stratégie chinoise semble gagnante pour le moment, son efficacité à long terme reste à nuancer. Même si le raffinage des terres rares est complexe et polluant, il ne peut être comparé à l’avantage technologique de l’Occident dans le domaine des semi-conducteurs avancés, qui demeure un levier économique important face à la Chine. TSMC, une fonderie taïwanaise de semi-conducteurs, manufacture à elle seule environ 50 % de l’ensemble des semi-conducteurs mondiaux, ce qui explique l’intérêt stratégique de Taïwan pour la Chine. Par ailleurs, les terres rares sont, paradoxalement, relativement abondantes, et moins de la moitié des réserves se trouvent en Chine. Des pays comme l’Afrique du Sud dominent le marché d’exportation du platine et du rhodium, le Chili celui du lithium, et la RDC celui du cobalt. Environ 22 projets d’extraction et de raffinage portés par des pays occidentaux sont prévus d’ici la fin de la décennie. De nombreuses entreprises à travers le monde développent également des méthodes alternatives, comme des magnets et des batteries ne nécessitant pas de lithium. BMW et Renault, par exemple, ont déjà commercialisé des véhicules électriques n’utilisant pas ces matériaux.

On constate une situation de grande tension, dans laquelle les pays occidentaux cherchent à réduire leur dépendance vis-à-vis de la Chine, tout en négociant des contrats commerciaux favorables. Les négociations tenues à Londres entre les États-Unis et la Chine, le 9 juin 2025, ont permis d’instaurer une période de répit dans la guerre commerciale, même si la perspective d’une paix durable reste incertaine.

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