L’Asie centrale devient un vivier majeur pour le recrutement djihadiste

Comment l’Asie centrale est-elle devenue un vivier pour le recrutement djihadiste ?
Les pays d’Asie centrale, tels que le Kazakhstan, le Kirghizstan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Turkménistan, sont devenus des centres de recrutement pour l’organisation djihadiste de l’État islamique. Les ressortissants, recrutés pour rejoindre sa branche en Asie centrale, ont récemment perpétré des attentats marquants, notamment celui du 3 janvier en Iran et du 22 mars à Moscou.

L’attrait de l’extrémisme : un contexte propice au recrutement djihadiste

Plusieurs facteurs favorisent la montée du djihadisme en Asie centrale. La pauvreté persistante, la corruption et les régimes autoritaires fragilisent le tissu social de cette région. Toutefois, le phénomène migratoire vers la Russie, où des milliers de jeunes originaires d’Asie centrale recherchent un emploi, amplifie ce problème. Largement marginalisés, mal payés et souvent discriminés, ces migrants constituent des cibles de choix pour les recruteurs djihadistes, qui exploitent leur précarité et leur désillusion.

Dates ImportantesChiffres Clés
2015 : Déclin de Daech en Syrie et en Irak, menant à la montée en puissance de l’État islamique au Khorassan (EI-K) en Asie centrale.4 000 à 6 000 : Nombre estimé de combattants recrutés par l’EI-K depuis sa montée en puissance en Asie centrale.
3 janvier 2024 : Attentat revendiqué par l’EI-K en Iran, montrant une extension de son influence régionale.80 % : Proportion des migrants d’Asie centrale travaillant en Russie dans des conditions précaires, souvent cibles des recruteurs djihadistes.
22 mars 2024 : Attentat à Moscou perpétré par des ressortissants d’Asie centrale liés à l’EI-K.37 % : Taux de chômage des jeunes dans certaines régions d’Asie centrale, exacerbant leur vulnérabilité au recrutement djihadiste.
2024 : Renforcement des contrôles migratoires en Russie pour contrer la menace djihadiste venue d’Asie centrale.70 % : Proportion des attaques revendiquées par l’EI-K visant la Russie et ses alliés depuis 2022.
Avril 2024 : Déclaration des analystes sur l’expansion continue de l’EI-K en Asie centrale et ses implications géopolitiques.25 % : Augmentation des recrutements djihadistes en Asie centrale après la chute de Daech au Moyen-Orient.

Cette vulnérabilité est accentuée par la proximité géographique de l’Afghanistan, où opère l’État islamique au Khorassan (EI-K), l’une des branches les plus influentes de Daech. Suite à la perte de son emprise en Irak et en Syrie en 2015, l’EI-K a renforcé sa présence en Asie centrale, attirant environ 4 000 à 6 000 combattants dans ses rangs. Cette branche recrute notamment des jeunes qui fuient les déficits de droits politiques et les structures autoritaires de leurs pays d’origine. Leurs conditions de vie, à la fois dégradées et dominées par une « violence structurelle », les poussent vers des réseaux islamistes radicaux leur offrant une forme de soutien idéologique et matériel.

En 2015, la perte d’influence de Daech en Syrie et en Irak a abouti à l’émergence de l’une de ses branches les plus influentes, comptant entre 4 000 et 6 000 combattants.

Le rôle de l’État islamique au Khorassan et ses répercussions géopolitiques

Pour les spécialistes, l’Asie centrale est devenue une zone de vulnérabilité face aux mouvements extrémistes islamistes. Les liens frontaliers avec l’Afghanistan et les conflits internes comme la guerre civile au Tadjikistan aggravent cette situation. L’EI-K, qui a su s’implanter en Russie, s’affirme comme l’acteur principal du djihadisme local. Selon Parviz Mullojonov, politologue, la « violence structurelle » à laquelle font face les populations d’Asie centrale, engendre un terrain fertile pour la radicalisation. Ce concept renvoie à une violence non directe mais systémique, où les structures sociales restreignent les droits fondamentaux des individus. Cette situation, en privant les citoyens de perspectives socioéconomiques, les rend plus perméables aux influences djihadistes.

Les répercussions du militantisme islamiste en provenance d’Asie centrale s’étendent bien au-delà des frontières russes. La Russie et la Turquie sont particulièrement exposées, tandis que l’Occident surveille de près cette montée en puissance de l’extrémisme. Moscou, en réponse à l’attentat du 22 mars, a redoublé ses efforts pour prévenir de nouvelles attaques, tout en renforçant ses contrôles migratoires. Cependant, tant que les conditions structurelles à l’origine de cette radicalisation ne seront pas traitées, la menace persistante de l’EI-K continuera de s’étendre.

L’EI-K s’impose désormais comme le principal acteur de la scène djihadiste locale en Russie.

L’Asie centrale, autrefois relativement isolée des réseaux djihadistes, devient progressivement un enjeu géopolitique majeur. Les gouvernements locaux, bien que conscients de la menace, peinent à y répondre, notamment en raison de la faiblesse de leurs systèmes judiciaires et de l’influence de la corruption. La situation impose aux autorités locales et internationales de s’attaquer aux causes profondes pour contrer l’essor de l’extrémisme islamiste en Asie centrale.

Crédits photo : saeediex Shutterstock

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