Les BRICS+ à l’assaut du leadership européen

Expansion des BRICS : une menace pour la suprématie occidentale ?​
Depuis leur création, les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) ont cherché à offrir une alternative aux structures économiques dominées par l’Occident. Le 1ᵉʳ janvier 2024, le groupe a accueilli de nouveaux membres : l’Égypte, l’Iran, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Éthiopie, marquant ainsi une étape significative dans son expansion.

Cette expansion a renforcé le poids démographique et économique des BRICS+. Le bloc représente désormais près de 46 % de la population mondiale et 35,6 % du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat, surpassant ainsi le G7 en termes de population et se rapprochant de sa part du PIB mondial.

L’absence de structure rigide, contrairement à des organisations comme l’Union européenne, confère aux BRICS+ une flexibilité attractive sur la scène mondiale. Cette souplesse permet à des nations aux systèmes politiques et économiques variés de collaborer sans les contraintes d’une intégration supranationale stricte. Cependant, cette diversité peut également être source de défis en matière de coordination et d’harmonisation des politiques.​

Dates clésChiffres clés
2001 : Création du terme « BRIC »31,5 % : Part du PIB mondial des BRICS en 2023, dépassant pour la première fois celle du G7 (30,7 %).
2009 : Premier sommet officiel des BRIC46 % : Proportion de la population mondiale représentée par les BRICS+ après l’élargissement de 2024.
2010 : Adhésion de l’Afrique du Sud35,6 % : Part du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat détenue par les BRICS+ en 2024.
Août 2023 : Annonce de l’élargissement54 % : Part de la production pétrolière mondiale attribuée aux BRICS+ avec l’inclusion de l’Iran, de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis.
1ᵉʳ janvier 2024 : Entrée des nouveaux membres60 % : Part de la production mondiale de terres rares assurée par la Chine, membre des BRICS+.

Henri Malosse, ancien président du Comité économique et social européen, souligne le potentiel d’une coopération accrue entre l’Union européenne et les BRICS+. Il évoque notamment la possibilité de contrer l’hégémonie du dollar dans les échanges internationaux, suggérant que cette collaboration pourrait offrir des alternatives viables au système financier dominé par les États-Unis. ​

Les BRICS+ affichent une volonté affirmée de promouvoir le multilatéralisme et d’améliorer la représentativité des pays du Sud global. Bien que critiques envers la prédominance occidentale, ils restent attachés à des principes fondamentaux du droit international, notamment en ce qui concerne la structure et le fonctionnement du Conseil de sécurité des Nations unies. ​

Les BRICS+ entre unité et divergences

Néanmoins, le bloc est confronté à des divergences internes. La Chine et la Russie privilégient des négociations centrées sur les États au sein des organisations internationales, tandis que d’autres membres, comme le Brésil et l’Inde, plaident pour un modèle plus inclusif impliquant gouvernements, entreprises et société civile. Ces différences pourraient compliquer l’adoption de positions communes sur la scène internationale.​

Dans les domaines technologique et financier, l’Union européenne conserve une position de leader. Sa présence significative dans les eaux internationales, couvrant 25 millions de km², témoigne de son influence maritime. Cependant, l’émergence des BRICS+ pourrait redéfinir les institutions mondiales. Ignorer cette dynamique pourrait affaiblir la position stratégique de l’UE, comme le suggèrent André Gattolin et Emmanuel Véron, respectivement ancien parlementaire et chercheur à l’Université Paris III Sorbonne-Nouvelle, et géographe et enseignant-chercheur à l’Inalco et à l’École navale. ​

Les BRICS+ ont une puissance économique collective, mais pas une unité stratégique. Leur diversité géopolitique et leurs intérêts nationaux différenciés ralentissent la mise en place de politiques communes ambitieuses.

L’élargissement des BRICS+ suscite des interrogations sur leur capacité à agir comme un bloc homogène. Les intérêts divergents des membres, notamment en matière de politique étrangère et de priorités économiques, pourraient limiter l’efficacité du groupe. Cependant, leur influence croissante est indéniable, et leur rôle dans la redéfinition de l’ordre mondial mérite

Si l’expansion du bloc attire de nouveaux membres, elle exacerbe aussi des tensions internes. L’absence d’une structure institutionnelle rigide, qui fait sa force en attirant des pays diversifiés, représente aussi une faiblesse. Les différences géopolitiques et économiques entre les membres créent un équilibre précaire. Alors que la Chine et la Russie prônent une approche étatique centralisée, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud cherchent une gouvernance plus ouverte. La montée en puissance de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis dans le bloc pourrait aussi accentuer des désaccords, notamment sur la régulation des marchés énergétiques et la relation avec les États-Unis.

Une influence mondiale grandissante

Les ambitions économiques et financières des BRICS+ restent également un sujet majeur. L’un des objectifs affichés du bloc est la réduction de la dépendance au dollar américain. Cette orientation s’est traduite par une augmentation des transactions en monnaies locales entre ses membres et l’exploration d’une monnaie commune, bien que ce projet reste encore embryonnaire.

L’intégration de l’Arabie saoudite, de l’Iran et des Émirats arabes unis au BRICS+ a eu un impact immédiat sur le secteur énergétique. Le bloc contrôle désormais 54 % de la production pétrolière mondiale, donnant à ses membres une capacité sans précédent d’influencer les cours mondiaux du pétrole. Cette situation pourrait avoir des répercussions directes sur les politiques énergétiques des pays occidentaux et les relations entre l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et les grandes économies.

L’élargissement des BRICS+ ne signifie pas une opposition frontale à l’Occident, mais plutôt une réorganisation du pouvoir économique mondial vers un modèle multipolaire.

L’ascension des BRICS+ dans le commerce mondial est aussi frappante. Leur part dans les exportations mondiales est passée de 12 % en 2001 à plus de 25 % en 2023, soulignant leur rôle central dans les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Le succès des BRICS+ ne signifie pas nécessairement un affrontement direct avec les démocraties occidentales. Les liens commerciaux entre les membres des BRICS et l’Europe restent solides, malgré des tensions politiques croissantes. L’Allemagne, par exemple, est le plus grand partenaire commercial de la Chine en Europe, et l’Inde conserve des liens économiques forts avec plusieurs pays de l’Union européenne.

Cependant, les désaccords s’accumulent sur des questions comme la gouvernance du système monétaire international et la gestion des conflits géopolitiques. L’Union européenne privilégie toujours une approche bilatérale avec ses partenaires, mais l’émergence des BRICS+ pourrait la contraindre à adapter sa stratégie.

Crédit image : Shutterstock Koshiro K

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