Dans quelle mesure les législatives hongroises de 2026 impacteront le conflit en Ukraine ? 

Les législatives hongroises du 12 avril 2026, parmi les plus compétitives depuis 2010, se sont déroulées dans un contexte très inégal. Le parti souverainiste de centre-droit Respect et liberté (Tisza) a remporté plus des deux tiers des sièges, mettant fin au gouvernement de Viktor Orbán, au pouvoir depuis 16 ans. Le Fidesz bénéficiait d’un avantage disproportionné dans le système électoral et d’une surreprésentation médiatique. En 2022, le Fidesz avait obtenu environ 54 % des voix, mais 135 sièges sur 199.

Contrairement à Viktor Orbán, le dirigeant de Tisza, Péter Magyar, considère l’Union européenne (UE) comme un levier pour défendre les intérêts hongrois et souhaite redéfinir la relation avec la Russie. Sans être un allié inconditionnel de l’Ukraine, son changement d’approche profiterait indirectement à Kyiv, notamment par une coopération bilatérale et européenne renforcée et une réduction de la dépendance aux énergies russes. La mise en œuvre de la politique du Tisza aurait des implications géopolitiques majeures et, selon Péter Magyar, marquerait le retour de la Hongrie vers l’Europe.

Selon un sondage réalisé par l’institut Median du 17 au 20 mars, le Tisza représentait 46 % des intentions de vote contre 30 % pour le Fidesz. Bien que le Tisza, formé en 2020, soit idéologiquement proche du Fidesz, son arrivée au pouvoir représenterait une rupture majeure concernant la politique extérieure, en particulier vis-à-vis de l’Union européenne. Péter Magyar, ancien membre du Fidesz, centre sa campagne sur le coût de la vie, la lutte contre la corruption et la promesse d’une relation plus constructive avec ses voisins et l’UE. Concernant l’Ukraine, Péter Magyar reste discret mais confirme s’opposer fermement à la livraison d’armes via le sol hongrois et à l’envoi de troupes. Il identifie néanmoins clairement la Russie comme l’agresseur et privilégie la négociation pour résoudre les différends bilatéraux, notamment au sujet du statut de la minorité hongroise en Ukraine. Budapest mène de longue date une politique de soutien aux communautés hongroises à l’étranger, en particulier en Transcarpatie, avec lesquelles elle entretient des liens étroits, parfois perçus comme un levier d’influence politique. Au Parlement européen, les membres du Tisza se montrent critiques à l’égard d’une adhésion rapide de Kyiv à l’UE, sans pour autant s’y opposer frontalement. En revanche, ils se positionnent contre les principales résolutions liées au conflit et votent contre les textes condamnant la Russie et contre les dispositifs de soutien financier et militaire à l’Ukraine. En février 2026, les eurodéputés du Tisza se sont opposés à l’octroi d’un prêt de 90 milliards d’euros à Kyiv. Dans ce contexte, les relations avec l’Ukraine devraient rester complexes, bien que potentiellement plus pragmatiques que conflictuelles.

Une approche qui tranche avec celle de Viktor Orban, qui a intensifié ces derniers mois les discours pro-russes et qui bénéficierait du soutien d’une équipe de politologues-technologues russes proches du Kremlin, selon le média d’investigation VSquare. Une équipe qui est intervenue dans les élections moldaves et roumaines. Dans sa campagne, Orban accuse Kyiv et Bruxelles d’ingérence, de soutenir l’opposition et d’exacerber le conflit en Ukraine. Dernière grande démonstration de force en date, la Hongrie a saisi début mars deux convois de fonds ukrainiens transportant de l’or et des millions d’euros et de dollars. Bien que la Hongrie ait fini par relâcher les sept employés d’Oschadbank, cette crise a accentué les tensions entre Budapest et Kyiv, d’autant que la Hongrie n’a toujours pas rendu les fonds saisis. Qualifiée de terrorisme d’État par Kyiv, Orban instrumentalise cette opération dans sa campagne pour se dépeindre en héros, prétendant confisquer l’argent de la mafia ukrainienne. Comme aux élections précédentes, Viktor Orban joue sur la peur et se définit comme un gage de stabilité pour son électorat hongrois. Il présente le résultat des législatives comme un choix entre la guerre et la paix et promet le maintien d’avantages ciblés pour les groupes vulnérables comme les personnes âgées ou les Roms. Au cours des derniers mois, le parti a employé la corruption et des intimidations significatives envers son électorat. Selon les estimations, ces tentatives d’influence cibleraient environ 53 des 106 circonscriptions uninominales, soit environ 10 % des six millions de votants attendus. Ces facteurs contribuent à faire du Fidesz une machine politico-économique puissante et mobilisatrice. La poursuite de la politique du Fidesz au cours des dernières années a illustré l’intensification ou du moins la continuité du rapprochement avec Moscou, ainsi qu’une approche très confrontationnelle et clivante avec les alliés traditionnels. Sa victoire aurait également représenté la résilience du modèle de droite populiste et eurosceptique dont Orban est un symbole.

L’alignement d’Orban avec Poutine est particulièrement visible dans le secteur énergétique. Depuis 2021, la Hongrie a augmenté sa part de pétrole brut russe importé de 61 à 92,29 % en 2025, alors même que le volume d’importation est tombé de 4,53 millions de tonnes à 3,96 millions de tonnes de 2024 à 2025 et qu’il existe d’autres alternatives, comme l’oléoduc Adria, opéré par une compagnie croate et dont les coûts de transit sont inférieurs à ceux du Druzhba. La dépendance énergétique quasi totale envers la Russie est donc un choix politique du Fidesz plutôt qu’une nécessité, une politique bénéficiant indirectement à Orban via sa mainmise sur l’économie et non au consommateur hongrois. En 2025, le prix moyen hebdomadaire de l’essence hors taxe hongrois était 18 % plus cher que chez son voisin tchèque et le diesel 10 % de plus. Des tendances similaires sont observables en matière de gaz. Réduire la dépendance russe est donc une politique sensée, d’intérêt national, qui s’inscrit dans la politique souverainiste du Tisza. Péter Magyar s’engage toutefois à diversifier les sources d’approvisionnement pour réduire la dépendance russe d’ici 2035, un objectif en contradiction avec l’échéance européenne de 2027. Ainsi, si certains positionnements du Tisza jouent en faveur de l’Ukraine, comme sur le plan énergétique, ils ne doivent pas être interprétés comme des mesures prises en soutien à l’Ukraine. Le changement de parti politique à la tête de la Hongrie ne suffira sans doute pas à modifier le système kleptocratique construit par Orban. Il est probable que le Fidesz reste un acteur politique important, ses membres contrôlant toujours des institutions clés comme le parquet, la Cour constitutionnelle, la Cour des comptes et l’administration présidentielle.

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