Comment les pays membres de l’UE se saisissent-ils du débat autour de la répétition de la politique de grands emprunts européens ?

En juillet 2020, sous le choc de la pandémie de Covid-19, l’Union européenne franchit une étape historique en décidant d’emprunter conjointement sur les marchés pour financer un ambitieux plan de relance. Baptisé Next Generation EU (NGEU), cet instrument est considéré comme exceptionnel en raison de son ampleur (750 milliards d’euros) et plus généralement concernant son mode de financement novateur : via des emprunts au nom de l’ensemble des États membres de l’UE. À son origine, ce plan était pensé comme exceptionnel. Pourtant, les récentes crises européennes (guerre en Ukraine, inflation) ravivent les débats autour d’une nouvelle utilisation de grands emprunts communs.

Ces dernières années, l’UE fait face à des enjeux structurels exigeant la mobilisation d’importantes ressources financières sur le long terme. Le Green Deal, visant la neutralité carbone en 2050, implique des investissements évalués à 1 000 milliards d’euros sur dix ans. Le soutien des forces armées ukrainiennes suite à son invasion est estimé à environ 49,3 milliards d’euros. Enfin, la perspective d’un futur élargissement de l’UE soulève la question des fonds nécessaires pour soutenir ces nouveaux États membres. D’après le Conseil de l’UE, l’adhésion de l’Ukraine seule pourrait exiger un financement européen de 186 milliards d’euros supplémentaires. Ces chiffres dépassent la capacité du budget européen actuel, poussant les 27 à envisager de nouveaux mécanismes de financement.

En s’inspirant de NGEU, la Commission européenne a proposé en mars 2025 un plan de financement de 800 milliards de dollars, en faveur de la défense. Cette proposition voit dans l’emprunt commun un outil de souveraineté européenne, permettant de mobiliser rapidement des fonds et de renforcer l’autonomie stratégique de l’UE. La France, l’Italie, la Pologne et les pays baltes s’expriment en faveur de la reproduction du modèle de l’emprunt commun. Emmanuel Macron s’est dit convaincu que l’Union « devra à nouveau faire un emprunt commun » pour faire face au mur des dépenses à venir.

Les Pays-Bas et la Suède, en revanche, restent opposés à toute mutualisation des dettes. Une des raisons de ce refus tient à la crainte que certains pays profitent de cette solidarité financière pour emprunter à moindre coût, au détriment de la responsabilité budgétaire. Le risque d’une déresponsabilisation budgétaire nationale au profit d’une centralisation européenne est également dénoncé. L’Allemagne, première économie de l’UE, occupe une place décisive dans les négociations. Après avoir accepté l’exception NGEU en 2020, Olaf Scholz s’avère défavorable à une nouvelle mutualisation des dettes. Friedrich Merz, qui lui succédera d’ici peu à la chancellerie, s’est d’abord montré réticent, mais semble pour autant ouvert à la négociation.

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