La Russie propose une alternative au sport mondial

En quoi l’organisation des Jeux de l’amitié et des BRICS s’inscrit dans la volonté russe de contourner le modèle “occidental”?
Le mardi 19 mars 2024, le Comité International Olympique (CIO) a décidé d’exclure les athlètes russes et biélorusses de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques. Bien que la Russie soit privée de ses médailles passées, de son drapeau et de son hymne, elle n’a pas officiellement annoncé un boycott des jeux. Face aux restrictions sportives, la Russie refuse de s’isoler du sport mondial, qu’elle considère comme un outil de soft power et de puissance diplomatique.

Des Jeux de l’Amitié pour affirmer l’influence russe

En réponse à son exclusion de la cérémonie d’ouverture de Paris 2024, la Russie a annoncé l’organisation des Jeux de l’Amitié, une compétition multisports qui se tiendra en 2025 à Ekaterinbourg. Bien que ces jeux aient une portée nationale et ne possèdent pas encore la visibilité des Jeux Olympiques, le Kremlin espère avec cette initiative offrir une alternative aux athlètes russes et biélorusses, et démontrer sa capacité à organiser des événements sportifs d’envergure.

Dates ImportantesChiffres Clés
1984 : Création des premiers Jeux de l’Amitié par l’Union soviétique en réponse au boycott des Jeux Olympiques de Los Angeles. 50 pays : Nombre de pays attendus pour participer aux Jeux de l’Amitié organisés par la Russie en 2025.
19 mars 2024 : Le CIO décide d’exclure les athlètes russes et biélorusses de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris 2024.5 500 participants : Nombre d’athlètes prévus pour les Jeux de l’Amitié à Ekaterinbourg et Moscou.
12 juin 2024 : Organisation des Jeux des BRICS à Kazan, rassemblant des délégations de près de 90 pays.90 pays : Délégations ayant participé aux Jeux des BRICS en 2024, marquant une coopération sportive émergente.
2025 : Report des Jeux Mondiaux de l’Amitié pour maximiser la participation des athlètes et officiels.11 ans : Durée des sanctions sportives contre la Russie depuis les révélations de dopage institutionnalisé en 2014.

Historiquement, les Jeux de l’Amitié trouvent leur origine en 1984 lorsque l’Union soviétique, en pleine guerre froide, les avait instaurés en riposte au boycott des JO de Los Angeles. Dans la Russie actuelle, la réactivation de ces jeux est perçue comme une réplique aux pressions occidentales et aux décisions du CIO, renforçant un message d’indépendance et de souveraineté sportive. Plus de 50 pays et 5500 participants sont attendus pour cet événement à Moscou, et bien que les autorités russes assurent de leur succès, l’événement peine à concurrencer en termes de prestige les Jeux Olympiques de Paris.

Entre soft power et isolation : la stratégie sportive du Kremlin

Les tensions entre la Russie et le CIO ne sont pas nouvelles et s’inscrivent dans une longue liste de différends. Depuis les accusations de dopage lors des Jeux Olympiques de Sotchi en 2014, la Russie est accusée de “tricherie institutionnalisée” par l’Agence Mondiale Antidopage et le CIO. Les sanctions contre la Russie, allant de la privation de ses symboles nationaux à l’interdiction de compétitions internationales, ont également été renforcées depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022. Dans ce contexte d’isolement, les Jeux de l’Amitié apparaissent comme un moyen pour Moscou de préserver son influence sur le plan international et de maintenir sa puissance symbolique dans le monde du sport.

Selon l’expert Lukas Aubin, la Russie perçoit aujourd’hui le sport mondial comme un outil d’influence sous la domination de l’Occident, notamment des États-Unis. Pour contrer cette hégémonie, le Kremlin multiplie les initiatives, créant des événements sportifs parallèles destinés aux pays émergents ou alliés. L’organisation des Jeux des BRICS, qui a eu lieu le 12 juin 2024 à Kazan et a rassemblé près de 90 pays, en est une illustration. En invitant d’autres nations à participer à ces compétitions alternatives, la Russie espère renforcer des alliances diplomatiques et montrer qu’elle demeure un acteur influent du sport mondial.

Le Kremlin multiplie les initiatives, créant des événements sportifs parallèles destinés aux pays émergents ou alliés.

Si les Jeux de l’Amitié et des BRICS représentent des alternatives aux compétitions traditionnelles, ils n’atteignent toutefois pas la même reconnaissance. Le CIO accuse la Russie de promouvoir ces événements à des fins de propagande. En réponse, le Kremlin dénonce une campagne d’intimidation à l’encontre des athlètes et des participants, soulignant les pressions exercées sur les sportifs qui souhaitent s’engager dans ces jeux. Le sport, pour Moscou, devient ainsi un terrain stratégique où se jouent des rivalités bien au-delà des stades.

Crédits photo : Al.geba/Shutterstock

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